
130 000 vols d’avion par jour ! Ce chiffre vertigineux dit tout… Malgré les tensions géopolitiques, les crises et les fractures apparentes, le monde continue d’avancer, de commercer, d’échanger. La mondialisation ne ralentit pas, elle change de forme. Les marchandises circulent, les services traversent les frontières, les cultures se croisent et s’influencent à une vitesse inédite. Il suffit qu’un constructeur lance un véhicule électrique aux performances X pour que, quelques semaines plus tard, un concurrent propose déjà une alternative Y. L’innovation est devenue instantanée, globale, concurrentielle par nature, et désormais, un nouvel acteur redistribue toutes les cartes : l’intelligence artificielle. Elle va accélérer les décisions, optimiser les processus à un niveau inconnu, effacer les barrières techniques, transformer notre monde… Mais elle ne remplacera sans doute pas l’essentiel : la relation humaine.
Laurent Goulvestre est un facilitateur interculturel. Il donne des conférences, sous forme de pièces de théâtre afin d’optimiser la performance interculturelle des collaborateurs, partout dans le monde. Son dernier livre de 400 pages « Les clés du savoir-être interculturel » a été vendu à plus de 10 000 exemplaires. « Au cœur de ce changement de paradigme technologique et économique, une question demeure : sommes-nous réellement prêts à travailler ensemble à l’échelle mondiale ? Avons-nous les compétences, la sensibilité et la compréhension nécessaires pour décoder nos interlocuteurs, leurs références, leurs modes de pensée ? Quand une relation échoue, est-ce un problème de prix, de technologie, de stratégie… ou simplement de comportement et de perception culturelle ? »
Pour lui, il n’y a aucun doute : c’est cette diversité culturelle qui façonne nos relations internationales. « Quelques exemples significatifs : Au Japon, le temps est linéaire et sacré. Arriver à l’heure, c’est déjà être en retard. Être en avance de quinze minutes est la norme et une marque de respect. En Chine, le cadeau n’est jamais anodin. Il engage. Accepter un présent signifie accepter une relation durable, fondée sur la réciprocité. Le cadeau ne vise pas à faire plaisir, mais à sceller un lien. Aux États-Unis, la décontraction est souvent trompeuse. Prénom, tutoiement, tenue décontractée : tout semble informel. Pourtant, la hiérarchie et le pouvoir décisionnel restent bien réels et ne doivent jamais être sous-estimés. En Inde, le célèbre mouvement de tête en forme de huit horizontal signifie « je vous ai compris », et non « j’accepte ». Une nuance subtile mais essentielle, souvent source de malentendus. En Grande-Bretagne, la diplomatie prime. Le souci constant de ne pas froisser l’autre peut être perçu comme de l’hypocrisie ou du snobisme, alors qu’il s’agit avant tout d’une culture du respect et de la retenue. Enfin, par exemple, en Allemagne, rigueur, précision et cohérence sont les piliers des échanges. La recherche du consensus, l’argumentation solide et la clarté des propos sont indispensables pour instaurer une relation durable… La réalité est complexe. Les variables sont nombreuses, à la fois techniques et humaines, et rendent souvent l’analyse difficile. Pourtant, au-delà des différences culturelles, une constante universelle s’impose, quel que soit le pays : la confiance. La confiance comme capacité à partager des savoirs, des ressources, des ambitions, dans un objectif commun. Sans elle, ni la technologie, ni l’IA, ni les accords commerciaux ne suffisent. »
Dans un monde dans lequel les algorithmes dialoguent plus vite que les humains, où l’IA connecte les marchés en un clic, la véritable compétence clé reste la capacité à se comprendre. Comprendre l’autre dans sa culture, ses codes, ses silences, ses évidences. C’est en effet en mettant l’humain au centre de la technologie et du commerce mondial que nous pourrons réellement avancer… ensemble. Bien évidemment, la phrase est belle et donne envie, mais sommes-nous vraiment prêts ? Le futur, seul, nous le dira…
